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Publié le 10/04/2019 - court-métrage

Du 10 au 16 avril 2019

Tombé du ciel et Denise d’Aubervilliersdeux courts-métrages à découvrir dans vos cinémas du 10 au 16 avril 2019.

 

  • Tombé du ciel devant les séances de Tanguy, le retour

    Roger et Doris menaient une vie paisible et aisée jusqu’à ce qu’ils soient réveillés, une certaine nuit, par l’arrivée d’un étrange visiteur.

Les films de l’ONF ont fait la haute réputation de l’institution montréalaise et se caractérisent souvent par leur malice, savoureuse et volontiers échevelée. C’est le cas avec Tombé du ciel, signé d’un animateur originaire de Winnipeg s’étant déjà distingué auparavant à travers un opus rapidement devenu un classique : Le chat colla… Selon un graphisme voisin, Tombé du ciel s’attaque à la question du désir d’enfant de façon décapante, un couple velléitaire se voyant en une belle nuit, doté d’un coup de baguette magique d’un étrange petit nouveau venu qui bouleverse à tous les égards la tranquillité des lieux.

La comédie est irrésistible, puisque la situation échappe bien sûr aux nouveaux parents et que le rêve se transforme aisément en cauchemar. Il y a sans doute du vécu là-dedans et la fable s’avère percutante : devenir parent, ce n’est pas seulement cette béate euphorie véhiculée par les images d’Épinal des magazines « mainstream », mais aussi et surtout un bazar permanent… Avec ses couleurs vives et ses gags dignes des meilleurs cartoons, Tombé du ciel joue parfaitement de l’ambivalence du motif.

Scénario Cordell Barker Musique Luc Préfontaine Production O.N.F
L’Extra Court

 


  • Denise d’Aubervilliers devant les séances de Rebelles et Les Oiseaux de passage

    Face aux images de son enfance tournées en 1945 par Jacques Prévert et Éli Lotar dans les logements insalubres d’Aubervilliers, Denise Bilem fouille dans sa mémoire pour exhumer les souvenirs intimes qu’elle a pu conserver.

S’inscrivant dans une série documentaire valorisant le patrimoine des quartiers populaires, intitulée “Filmer la ville”, Denise d’Aubervilliers ressuscite d’émouvante façon une œuvre mythique de l’histoire du format court, Aubervilliers d’Éli Lotar. Tourné dans l’immédiat après-guerre, à l’été 1945, il entreprenait de montrer la misère incommensurable dans laquelle pouvaient vivre, à quelques encablures de Paris, des familles prolétaires dépourvues de tout. Le commentaire en avait été écrit par Jacques Prévert, dont la verve militante faisait merveille, et redonnait sa noblesse à une population laborieuse déshéritée, oubliée des puissants.

Une famille ouvrière en particulier était filmée dans les ruines de la ville et dans un quotidien aux âpres conditions, sans eau courante ni électricité. De nos jours, le duo de coréalisateurs, Audrey Espinasse et Sami Lorentz, a retrouvé l’une des fillettes de ce foyer, alors âgée de huit ans. Étant désormais plus qu’octogénaire, Denise se remémore devant leur caméra cette époque, ce tournage et ses conséquences. Et aussi la carrière d’actrice qu’elle choisit de ne pas tenter, pourtant encouragée par Prévert, afin de s’occuper de l’une de ses sœurs, malade. Elle n’aura pas décroché les étoiles, comme elle le croyait alors possible, vit toujours en HLM à “Auber” et nous transmet sa joyeuse philosophie de vie, stoïque et rieuse. Comme dans Babcock, une histoire ouvrière (2017), les deux jeunes documentaristes excellent à saisir l’humanité ordinaire, pour un portrait aussi émouvant que respectueux. Celui d’une femme, d’une ville et d’une manière de voir le monde.

Interprétation Denise Bilem Production La Toile Blanche
L’Extra Court