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Publié le 02/10/2019 - court-métrage

Du 2 au 8 octobre 2019

The Devil et Parfum fraise, deux courts-métrages à découvrir dans vos cinémas du 2 au 8 octobre 2019.

 

  • The Devil devant les séances de Alice et le Maire et Atlantique

    “Vous ne savez pas qui nous sommes…”, lance d’emblée une femme d’origine afro-américaine. Un montage d’archives filmées et de photos retrace à la suite l’histoire des fameux Black Panthers, sur le rythme d’une musique post-punk.

On sait combien le réalisateur multi-talents Jean-Gabriel Périot, âgé de quarante-cinq ans, se passionne, depuis de nombreuses années, pour les archives visuelles et sonores, et plus largement pour l’Histoire. Il travaille ainsi sans relâche différents matériels documentaires, s’intéressant à toutes les zones géographiques et ayant déjà signé une vingtaine de courts métrages, mais aussi trois longs métrages (Une jeunesse allemande, Lumières d’été et Nos défaites, en salles à l’automne 2019), tant sur un registre de documentaire “pur” que dans celui de la fiction.
The Devil débute sur une revendication : “Vous ne savez pas qui nous sommes…”. Il s’agit de celle du mouvement de libération afro-américaine Black Panther Party, né en Californie en 1966 et qui s’est éteint en 1982. Ses deux membres fondateurs étaient Huey P. Newton et Bobby Seale, assassiné en 1989. Basé à l’extrême-gauche de l’échiquier politique, le mouvement mêlait le marxisme-léninisme, le maoïsme, l’anticapitalisme et le nationalisme noir. Des résonnances qui demeurent fortes aujourd’hui, en raison de la politique ultra nationaliste, protectionniste et pro-WASP menée par l’actuel 45e président des États-Unis Donald Trump, depuis janvier 2017.

En écho au combat au cœur des images, le titre éponyme The Devil du musicien français Boogers (pseudonyme de Stéphane Charasse) revient, tel un mantra, tout au long du film. Il fait partie de son album As Clean as Possible, sorti en 2010. Les uniques paroles scanent inlassablement : “If you Look upon my Face, You are Watching Now the Devil” (“Si tu regardes mon visage, tu peux voir le Diable”). Boogers avait déjà collaboré avec Périot sur un autre de ses courts : Entre chiens et loups (2008).

Scénario Jean-Gabriel Périot Production Local films
L’Extra Court

 


  • Parfum fraise devant les séances de Ad Astra et Au nom de la terre

    Makoto met tout en œuvre pour être un père exemplaire avec son fils Kazuki. En dépit de tous ses efforts, la violence de son passé le hante, et il n’a d’autre choix que de s’y confronter, malgré la présence de son fils à qui il avait jusque-là, toujours tout caché.

L’excellente école française d’animation va régulièrement se dépayser en se confrontant à des cultures lointaines, souvent prometteuses de références picturales et cinématographiques très riches.
Avec Parfum fraise, un quatuor d’étudiants des Gobelins a ainsi laissé vagabonder son imagination, pour un film de fin d’études de la “promo” 2017, du côté du Japon, un cap incontournable pour les amateurs d’animation. Mais derrière le titre acidulé et “kawaï”, leur film est âpre et violent, mettant en scène un père se voulant modèle envers son petit garçon orphelin de mère, mais dont le passé resurgit d’un coup, comme une inéluctable dette à payer. Ce Makoto ayant été impliqué dans de sombres affaires mafieuses semble sorti d’un film de Takeshi Kitano, référence qui s’enracine encore avec le motif de l’enfant, adorable et innocent, à élever en solo après que la mort d’une douce épouse n’ait ouvert une cicatrice impossible à refermer pour le héros, porteur d’un lourd poids de culpabilité.
Et à la richesse thématique – mythologique, même – du scénario répond une ambition esthétique jouant des teintes de néons rosées de la mégapole asiatique ou des pluies diluviennes qui s’y abattent. L’écrin est parfait pour amener ce gosse de Tokyo, fan de super héros, à découvrir l’identité réelle de cette figure paternelle qu’il n’imaginait guère agir comme les circonstances le lui imposent. Mon père, cet inconnu…

Scénario Alix Arrault, Martin Hurmane, Jules Rigolle Musique Etienne Chouzier, Antoine Duchêne Interprétation Kengo Saito, Satoko Brondeau Production Gobelins, l’école de l’image
L’Extra Court