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Publié le 20/11/2019 - court-métrage

Du 20 au 26 novembre 2019

Une histoire vertébrale et Denise d’Aubervilliers, deux courts-métrages à découvrir dans vos cinémas du 20 au 26 novembre 2019.

 

  • Une histoire vertébrale devant les séances de J’ai perdu mon corps, Ne croyez surtout pas que je hurle et Les éblouis

    Un homme, seul, avec sa particularité physique : celle d’avoir la tête basculée en avant, le regard vers le sol. Difficile de rencontrer la voisine avec pareil handicap… et pourtant…

Quatre ans avant son fameux Skhizein, Jérémy Clapin, ancien étudiant de l’Ensad, se révélait avec cette irrésistible histoire sans paroles qui s’attachait à recycler le motif éternel de l’amour contrarié et finalement triomphant. Prix spécial du jury au Festival international du film d’animation d’Hiroshima en 2006, Une histoire vertébrale questionnait même la notion de point de vue, à travers le champ de vision du personnage qu’il mettait en scène sous un graphisme 2D rond et doux proche de celui d’une bande dessinée jeunesse – selon la petite histoire, le héros du film serait d’ailleurs né d’un dessin raté… Avec son cou en équerre, le malheureux aux cervicales peu verticales avance, regard en plongée vers le sol, ce que l’image permet de comprendre directement, comme une sorte de caméra subjective braquée sur ses pieds.

Mais la narration se déploie bientôt sur les efforts du touchant petit bossu pour trouver l’âme sœur, le film lorgnant vers la comédie romantique et la découverte d’une “girl next door” en idéale moitié… Jouant avec les clichés hollywoodiens correspondants, Jérémy Clapin retarde néanmoins le happy-end attendu avec une verve gaguesque, pour rappeler aussi qu’il n’est pas si facile, en amour, de se voir vraiment – en la matière, tout se mérite !
Et il n’est pas non plus anodin que le réalisateur développe, quinze ans après et dans le cadre de son premier long métrage J’ai perdu mon corps, une nouvelle histoire d’anomalie anatomique et de quête personnelle… Une constance dans les préoccupations d’un auteur, en somme.

Scénario Jérémy Clapin Musique Nicolas Martin Production Strapontin
L’Extra Court

 


  • Denise d’Aubervilliers devant les séances de Les misérables, Sorry we missed you et Le pays aux pieds d’argile

    Face aux images de son enfance tournées en 1945 par Jacques Prévert et Éli Lotar dans les logements insalubres d’Aubervilliers, Denise Bilem fouille dans sa mémoire pour exhumer les souvenirs intimes qu’elle a pu conserver.

S’inscrivant dans une série documentaire valorisant le patrimoine des quartiers populaires, intitulée “Filmer la ville”, Denise d’Aubervilliers ressuscite d’émouvante façon une œuvre mythique de l’histoire du format court, Aubervilliers d’Éli Lotar. Tourné dans l’immédiat après-guerre, à l’été 1945, il entreprenait de montrer la misère incommensurable dans laquelle pouvaient vivre, à quelques encablures de Paris, des familles prolétaires dépourvues de tout. Le commentaire en avait été écrit par Jacques Prévert, dont la verve militante faisait merveille, et redonnait sa noblesse à une population laborieuse déshéritée, oubliée des puissants.

Une famille ouvrière en particulier était filmée dans les ruines de la ville et dans un quotidien aux âpres conditions, sans eau courante ni électricité. De nos jours, le duo de coréalisateurs, Audrey Espinasse et Sami Lorentz, a retrouvé l’une des fillettes de ce foyer, alors âgée de huit ans. Étant désormais plus qu’octogénaire, Denise se remémore devant leur caméra cette époque, ce tournage et ses conséquences. Et aussi la carrière d’actrice qu’elle choisit de ne pas tenter, pourtant encouragée par Prévert, afin de s’occuper de l’une de ses sœurs, malade. Elle n’aura pas décroché les étoiles, comme elle le croyait alors possible, vit toujours en HLM à “Auber” et nous transmet sa joyeuse philosophie de vie, stoïque et rieuse.

Comme dans Babcock, une histoire ouvrière (2017), les deux jeunes documentaristes excellent à saisir l’humanité ordinaire, pour un portrait aussi émouvant que respectueux. Celui d’une femme, d’une ville et d’une manière de voir le monde.

Interprétation Denise Bilem Production La Toile Blanche
L’Extra Court